Edito N° 3

À l’ occasion de cette exposition , un catalogue  a été publié par la galerie.
Photo : Laetizia Venezia, Etude, Février 2005, Paris - Série " Héroïnes " - Copyright Bettina Rheims, Courtesy Galerie Jérome de Noirmont, Paris * " Shanghai ", avec Serge Bramly, Editions Robert Laffont .
copyright: Bettina Rheims

" Héroïnes " - Bettina Rheims
Regardez- les dans les yeux…






de Marie DEPARIS




À l’occasion de cette exposition,
un catalogue a été publié par la galerie.

Bettina Rheims est tantôt considérée comme une des photographes les plus importantes de notre époque, tantôt comme une excellente faiseuse d'images à la mode. On a en effet souvent perçu le travail de Bettina Rheims comme parisiano-chic et choc, et elle n'est sans doute pas pour rien dans la vague porno-chic qui déferla ces dernières années sur les publicités des maisons de couture. De ses nus récurrents depuis 1981 aux adolescents androgynes de Modern Lovers, de la série Chambre close à Xmas, explorant la découverte de la sexualité féminine, en passant par les 250 figurants nécessaires à la réalisation du livre par qui elle connut le scandale, INRI, en 1999, Bettina Rheims n'a pas peur du cliché, dans tous les sens du terme, qui excite et provoque.

Quelle différence entre une photo d' " art " et un bon shooting mode ou pub ? Entre les images somptueuses d' " Héroïnes ", sa dernière exposition visible jusqu'au 11 mai 2006 à la Galerie Jérôme de Noirmont, à Paris, et les images lisses et parfaites de ses campagnes pour Lancôme ou Chanel ? Entre Diana Dondoe, mannequin vedette, en posture de veuve grecque, et Jacques Chirac, président de la République Française, en pied dans toutes nos mairies ? L'autonomie du projet par rapport au cahier des charges, cela va de soi. Mais encore ? L'œil de Bettina Rheims est-il si différent quand il s'agit de shooter une star pour le compte d'une grande maison de couture et quand elle choisit de photographier les femmes de Shanghai* ? Il me semble que non, au fond.

Les 23 portraits présentés chez Jérôme de Noirmont participent tous du même souci de suggérer l'indémontrable, la trouble profondeur sous la peau, la pose, entre les lèvres, de saisir dans un regard l'ultime intime présence d'une vie intérieure, forte et vivace. Souci, malgré tout, au-delà ou en deçà de la nudité, de montrer les femmes dans toutes leurs dimensions, charismatiques, inquiétantes, provocantes, démiurgiques, humaines…Ici, les femmes seront voilées, enrubannées, de robes couleur chair, ou de satins rouges et bleus comme des madones de Bellini, délicatement surannées et ré assemblées par le couturier Jean Colonna. Regardez-les dans les yeux…Comme chez Ingres, dans les dessins de Giacometti, ou toute la construction part de ces deux globes oculaires comme un épicentre, c'est la nudité de l'âme, l'autre origine du monde, que l'on cherche à dévoiler ici…Les " Héroïnes " de Bettina Rheims, loin des effets de mode qui lui firent choisir Rampling ou Deneuve à une époque, Bianca Li ou Asia Argento aujourd'hui, prennent une dimension atemporelle. Elle offre à chacune la liberté de se faire icône, drame sculptural, incompression fragile.



" Shanghai ", avec Serge Bramly, Editions Robert Laffont .



Marie Deparis
Avril 2006



" Héroïnes "- Bettina Rheims
Galerie Jérôme de Noirmont
36-38 Avenue Matignon-
Paris 8ème

www.denoirmont.com