Edito N° 2


Willy Ronis

Willy Ronis sous le ciel de Paris
de Marie DEPARIS

Il faudra beaucoup de courage et une bonne dose d'obstination aux visiteurs pour patienter dans la (longue) file d'attente devant l'Hôtel de Ville de Paris. 350 000 visiteurs en à peine un mois : les parisiens de Willy Ronis font plus que jamais envie. Bientôt, les oiseaux gazouillant sous un ciel de Paris plus clément, printemps oblige, vous pourrez à loisir examiner les trottoirs du Paris d'aujourd'hui, avant de vous plonger dans le Paris d'hier, celui que Ronis photographia inlassablement durant près de soixante dix ans

A l'occasion de son 95e anniversaire, Paris rend donc hommage au plus énamouré de ses photographes, le bel humaniste Willy Ronis.
Humaniste, comme le furent Robert Doisneau ou Edouard Boubat, dans cette manière si singulière, de photographier le " paysage vivant " de la capitale, scènes du quotidien, enfants, lieux avec une sorte de tendresse dépassant du cadre, une complicité indicible, en un mot une empathie pour son sujet telle que tout devient sous son objectif nostalgique et beau. On regarde aujourd'hui ces clichés pas si vieux au fond avec la joie et la tristesse mêlées de contempler un doux monde perdu, même lorsqu'il nous amène aux portes de la modernité, comme au bord du Canal Saint-Martin d'aujourd'hui, où fleure encore une atmosphère désuète…bien que Jouvet et Arletty soient loin et que l'Hôtel du Nord soit devenu un restau branché…
Humaniste aussi parce que sous son objectif se livrèrent des moments de l'histoire en train de se faire et qu'il sut capter avec justesse : le Front Populaire, les défilés du 14 juillet, les grèves chez Citroën, l'insouciance de l'Après-guerre, la fête de l'Huma, le fameux portrait du mineur silicosé…
Humaniste donc par cet amour de la vie et des gens : " Je fonctionne à la vie ", dit-il, " J'aime les gens, j'aime les quartiers où l'on déambule. "

Fils de photographe, Ronis fuit le studio paternel qu'il juge ennuyeux, aspire à la liberté de la lumière du jour et des espaces publics. Arpentant les rues de la ville de tous les possibles, il traque, patient, le moment où les rues se feront tableaux vivants, qu'il immortalisera dans leur mouvement et leur vitalité. Dès les années 30, la Seine rive droite rive gauche, les cafés, les gosses dans les rues, les parisiens au travail, la rue de la Huchette et le jardin du Luxembourg, le quartier Belleville-Ménilmontant -sujet d'un livre devenu culte dans les années 50-, c'est un Paris populaire, un Paris laborieux , celui des gens modestes, des gens de peu, du petit peuple et des petits métiers, comme on disait à une époque, mais sans jamais verser dans le misérabilisme, que nous montre Ronis, comme si la vie en ces temps là était quoiqu'il en soit plus douce…
Mais au-delà de la dimension sociale, les photographies de Ronis révèlent un sens de la composition, une manière de sublimer la beauté et le bonheur diffus de l'instant sans autre artifice que ses somptueux noir & blanc.

Apparemment peu préoccupé de la valeur financière de son œuvre, lui, le fils d'immigrés juifs ukrainien et lituanien, rescapés des pogroms, il choisit de lèguer de son vivant, en 1983, la totalité de son œuvre ! Il ne sera pas dit qu'une oeuvre de Ronis, comme le fameux " Baiser de l'hôtel de ville " de Doisneau se retrouvera au coeur d'une tourmente financière en ternissant l' image…Et bien qu'il ait collaboré à des revues aussi prestigieuses que Life ou Time Magazine, que ses œuvres soient exposées dans les plus importants musées du monde, il restera toujours cet ouvrier modeste de la photographie, aussi humble que le plus humble de ses sujets.
Ce sera un plaisir de l'écouter, tout au long du parcours de l'exposition, raconter ses histoires simples, de suivre avec lui l'histoire d'une vie passionnante, du portrait que son père fit de lui, bébé de huit mois, jusqu'à ce cliché d'un Ronis octogénaire s'initiant au parachutisme !

Pour peu que vous ayez choisi le bon moment pour vous laisser aller à rêver à ce Paris d'antan, le retour à la réalité n'en sera que plus rude : la rue de Rivoli et ses enseignes hurlantes vous donneront envie de fuir ce monde désenchanté . Filez droit vers la Seine et les quais retrouver un peu de ce Paris rêvé comme une histoire d'amour que rien ne pourrait démentir.






Marie Deparis
Mars 2006


"Willy Ronis, l'œil de Paris " Salon d'accueil de l'Hôtel de Ville, Paris 4e
Tous les jours sauf dimanches et jours fériés, 10h-19h
Entrée libre
Jusqu'au 27 mai