Edito N° 1


Légende photo : " Contact " pour la couverture du catalogue de l'exposition -Editions Marval et Centre Pompidou - DR William Klein - 2005

Comment William Klein ne m'a pas prise en photo…





Heureux parisiens à qui il reste encore quelques jours pour découvrir la rétrospective ( la plus importante depuis vingt ans) que le Centre Beaubourg consacre au photographe mondialement connu William Klein.
Car qui n'a jamais vu son portrait de Serge Gainsbourg travesti en couverture de " Love on the beat " ni son fameux livre " New-York " sur une table de salon chic ? Qui n'a jamais entendu parler du cultissime " qui êtes-vous Polly Magoo ? ", réflexion mordante, et visionnaire, sur le monde de la mode et la société de consommation, tourné à Paris en pleine période sixties ? Qui, enfin, a échappé au déferlement de visuels inspirés de ses séries de " Contacts " ?
Extraordinaire trajectoire de ce new-yorkais, de l'atelier de Fernand Léger (" Un type impressionnant : une allure et un langage de boxeur "), où il commença à peindre, à Paris, Rome, Tokyo, Moscou, et New-York bien sûr, immergé dans la foule, son Leica à la main, bousculant, basculant, prenant sur le vif, en rafale… L'image est pourtant toujours aux confins du graphisme, dans ce noir et blanc avec un je-ne-sais-quoi d'irrémédiablement élégant, dans cette esthétique plus ordonnée qu'il n'y parait, immédiatement reconnaissable.
Une œuvre éminemment urbaine et cosmopolite, quintessence de la modernité (" High " et " Low ", comme disent les critiques américains, c'est-à-dire chic et choc, pop et classe, etc .), dissolvant les frontières entre peinture, photographie et cinéma, les distances aussi parfois, entre le photographe et son modèle. Une œuvre totalement libre, pulsatile, brute, " fenêtre ouverte sur la vie…pas pour faire de l'art…plutôt pour refaire la photographie " dit Klein.

Mythique, William Klein ?
Un vieux monsieur (plus de 75 ans), à la chevelure blanche et au regard plus que pétillant, doté d'une aura indicible et d'une simplicité impossible (c'est William Klein, tout de même !) s'approche de moi.
J'étais jalouse voilà tout. Sur les murs de l'exposition, je reconnaissais des dizaines de gens que je côtoyais tous les jours (des plus ou moins notables de la ville, des artistes avec qui je venais de travailler, des collègues…)…tous, souriants, sous l'objectif de William Klein ! Comme photo sur le pêle-mêle dans la cuisine, c'est autrement plus classe que mes numériques mal imprimés, non ?
Et j'avais donc raté (quand ? pourquoi ? comment ? je ne le sais...) une authentique séance photo orchestrée par William Klein…
Le vieux monsieur avait entendu mes soupirs.
" Vous n'êtes pas sur la photo ? "
D'ordinaire, j'aurais répondu que je me fiche bien d'être sur la photo, ce qui est vrai, en règle générale, pour peu photogénique que je sois, je n'y tiens pas plus que çà…
Mais là…j'ai bafouillé :
" Non, et je le regrette bien, Monsieur Klein, je le regrette bien… " (Il y aurait au moins eu un point commun entre moi et Mohamed Ali)




Marie Deparis

Février / Mars 2006